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Conseils pour votre quotidien d'entrepreneur

Protection des bâtiments inoccupés : mode d’emploi

En raison de l’épidémie de Covid-19 qui sévit actuellement en France, vous avez pu être contraint d’arrêter ou de ralentir votre activité. Problème : des locaux inoccupés ne sont pas à l’abri de sinistres, allant de l’intrusion à l’incendie, en passant par le vol ou la dégradation. Pour vous en prémunir, MMA vous accompagne en ces temps difficiles et vous recommande quelques conseils de prévention pour protéger vos locaux.

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Au sommaire de l'article

1. La préservation de l’intérieur

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le premier risque auquel doit faire face un bâtiment inoccupé vient bien de l’intérieur. Le départ d’incendie et le dégât des eaux constituent en effet des menaces de premier plan que vous devez prévenir en adoptant certains gestes.

La mise à l’arrêt des installations non indispensables

Les installations techniques qui sont nécessaires au fonctionnement courant de l’entreprise, doivent être mises à l’arrêt et hors tension. Seules les installations indispensables doivent être maintenues, à savoir :

  • celles qui assurent la conservation des stocks et des marchandises périssables (chambre froide, frigo, etc.) ;
  • celles nécessaires à la sécurité et à la surveillance du bâtiment (centrales d’alarmes, systèmes de détection et d’extinction d’incendie, systèmes de détection des intrusions, etc.) ;
  • celles assurant la communication avec l’extérieur (box Internet nécessaire aux systèmes de surveillance, téléphone d’urgence, etc.).

30 % des incendies en entreprise sont d’origine électrique

L’échauffement des câbles, le court-circuit, le défaut d’isolement et les contacts défectueux en sont les principales causes (1).

La coupure des arrivées d’eau et de gaz

En vue de limiter le risque de dégâts des eaux, pouvant notamment être dû à la rupture d’une canalisation, toutes les arrivées d’eau doivent être coupées à l’intérieur du bâtiment, à l’exception de celles qui sont essentielles, à l’image des RIA (robinets d’incendie armés). Vous devez également apporter une attention toute particulière aux installations qui peuvent être sujettes au risque de gel en l’absence de chauffage, et ce, en les isolant du réseau principal de distribution (purger et vidanger les circuits concernés).

De même, il est nécessaire d’isoler les installations de gaz non indispensables au bâtiment et, éventuellement, de fermer la vanne manuelle d’arrivée, tout particulièrement au sein des lieux de restauration. Pensez également à stocker les bouteilles de gaz dans un local fermé et éloigné des autres équipements et produits à risque.

Le rangement des bâtiments

Avant la fermeture du site, il est nécessaire de s’assurer que l’intérieur des bâtiments est rangé et propre, pour prévenir de la propagation d’un éventuel départ d’incendie. Cela passe par : 

  • le stockage des produits susceptibles d’alimenter un incendie (emballages, palettes, produits finis, etc.) et leur éloignement des zones à risque et des produits inflammables ;
  • le stockage des liquides combustibles ou inflammables (essence, aérosols, bouteilles de gaz, etc.) dans des locaux résistants au feu, sur des bacs de rétention métalliques ou dans des armoires de sécurité quand leur volume reste limité
  • la vérification que les liquides inflammables ne pouvant pas être évacués sont bien positionnés sur une rétention
    métallique ;
  • le stockage dans des armoires de sécurité des marchandises et des substances susceptibles de réagir en l’absence de personnel ;
  • le retrait des matières premières des zones de production
  • le vidage des poubelles.

La protection des « produits » sensibles

Outre les denrées périssables - qui doivent être déplacées ou maintenues dans des conditions de conservation adaptées -, vous devez mettre à l’abri les produits et biens de valeur de l’entreprise (marchandises, plans, prototypes, machines, moules de fabrication, etc.) afin de les protéger, tant du risque d’incendie que de vol. Dans l’idéal, il faut d’ailleurs transférer le matériel onéreux dans des zones surveillées en dehors du site.

En ce qui concerne le parc informatique, vous pouvez lui aussi le déplacer dans une zone sécurisée à l’extérieur. Si ce geste de prévention est impossible, il est indispensable de réaliser une sauvegarde complète et périodique des données informatiques et conserver ces dernières sur un site extérieur.

La fermeture des locaux

Avant de quitter le lieu, vous devez également penser à fermer toutes les portes coupe-feu du bâtiment afin de limiter la propagation d’un éventuel incendie. Veillez aussi à ce que les volets soient baissés, tant au rez-de-chaussée qu’en étages, et à ce que les ouvertures soient bien closes et inaccessibles depuis l’extérieur (portes, fenêtres, rideaux métalliques, etc.). Pour une sécurité accrue, l’idéal est de barreauder et de cadenasser les portes d’évacuation (principalement celles munies d’une barre antipanique) et de fermer à clé tous les espaces pouvant l’être.

Si le temps vous le permet, il est conseillé de vérifier que les différentes installations de sécurité sont opérationnelles avant de quitter le site. Un test de fonctionnement des alarmes incendie, des systèmes de détection et des sprinklers pourra ainsi être judicieux.

2. La protection extérieure

La prévention des risques au sein d’un bâtiment inoccupé doit aussi passer par la « préparation » des extérieurs. Non seulement ils constituent la première protection du site contre l’intrusion, mais ils peuvent être, eux aussi, à l’origine d’un départ d’incendie.



La fermeture des accès

Vous devez vous assurer que tous les accès extérieurs sont sécurisés et fermés – qu’ils soient périmétriques ou périphériques – afin de limiter le risque d’intrusion sur le site et dans les bâtiments. Cela concerne principalement les clôtures, les portes et les portails extérieurs. 

En ce qui concerne les jeux de clés, il est important de les confier à des personnes de confiance et situées à proximité du site, ainsi qu’au dirigeant de l’entreprise. L’objectif est de pouvoir les mettre rapidement à disposition des services de secours (pompiers, forces de l’ordre, etc.) en cas d’incident.

L’interdiction des accès non essentiels

Durant la période d’inactivité, vous devez interdire les éventuels travaux, tout particulièrement en ce qui concerne les travaux par points chauds. De même, le mieux est de reporter les interventions programmées afin d’éviter tout accès d’une entreprise extérieure au sein des locaux.

Si des travaux sont maintenus car indispensables, une méthodologie stricte doit être respectée :

  • désignez le responsable habilité à gérer la situation, qui pourra notamment assurer la délivrance d’un « permis de feu » ou la protection des matériaux combustibles durant l’intervention ;
  • contrôlez la bonne exécution des travaux et assurez-vous de la non-propagation de l’éventuelle chaleur dégagée par l’intervention ;
  • surveillez et inspectez les locaux après les travaux : réalisation d’une ronde de surveillance au minimum 2 heures après la fin des travaux.

L’éloignement du stockage et le rangement du matériel

Les produits stockés à l’extérieur pouvant être à l’origine d’un départ de feu, il est essentiel de les éloigner des bâtiments. Avant la fermeture du site, assurez-vous que les marchandises, les matières premières, les palettes et les éventuels déchets (s’ils n’ont pas pu être évacués) sont distants de 10 à 20 mètres des façades, y compris s’ils sont placés sous des auvents. Pensez également à condamner les équipements de distribution de carburants s’ils équipent vos sites.

Tandis que les bennes extérieures en plastique doivent être vidées et rentrées à l’intérieur des locaux, celles en métal doivent être évacuées du site avant sa mise à l’arrêt. Rentrez également les engins de manutention et conservez les clés sur un autre site afin d’éviter leur utilisation par un intrus, susceptible de s’en servir de bélier. Enfin, il faudra également déplacer les extincteurs, habituellement à l’extérieur, à l’intérieur des locaux et en des zones facilement accessibles.

70 % des entreprises disparaissent à la suite d’un sinistre majeur

Incendie, dégât des eaux, explosion... les entreprises victimes d’un sinistre majeur ont souvent les plus grandes peines à se relever, au point qu’une grande majorité d’entre elles est contrainte de mettre la clé sous la porte dans les mois qui suivent.

3. La surveillance du risque

Malgré tous ces gestes préventifs, le risque zéro n’existe pas. Raison pour laquelle un protocole de surveillance s’avère indispensable, notamment pour limiter les conséquences d’un incident (intrusion, incendie, dégât des eaux, etc.).


L’amorce des systèmes de sécurité

Avant de quitter les locaux, pensez à mettre en fonctionnement l’ensemble des systèmes assurant la sécurité du site. Cela vaut tout particulièrement pour les alarmes – de détection d’intrusion comme d’incendie – qui doivent renvoyer vers une société de télésurveillance ou vers un téléphone d’astreinte.

La réactivité de la personne ou de l’entreprise en charge de la surveillance à distance doit également être vérifiée, tout comme la bonne transmission des informations. Pour cela, il est recommandé de réaliser un ou plusieurs tests, donnant lieu à un accusé de réception de la part de l’entité responsable.

1 cambriolage sur 3 touche les entreprises

Sur près de 400 000 cambriolages déclarés en 2016, environ 140 000 concernaient les locaux professionnels. Cela en fait donc la seconde cible la plus fréquente, derrière la résidence principale des particuliers(2).

La mise en place d’une surveillance in situ

En complément de la télésurveillance, l’idéal est de mettre en place un protocole de surveillance sur place afin de pouvoir détecter rapidement toute anomalie. Il prendra la forme de rondes périodiques - réalisées au minimum une fois par semaine, au mieux plusieurs fois par jour – effectuées par du personnel de l’entreprise ou une entreprise externe de gardiennage.

Pour être efficaces et difficiles à anticiper, les rondes doivent être réalisées à horaires irréguliers, à l’intérieur et à l’extérieur des bâtiments, de jour comme de nuit et sur l’ensemble du site. La personne en charge de la surveillance pourra suivre une check-list, mise à jour quotidiennement par un responsable de la sécurité, et consigner toute anomalie rencontrée sur un registre dédié.

La dissuasion des effractions

Suite à la fermeture du site, vous devez en informer les forces de l’ordre et les pompiers, en leur communiquant la date effective d’arrêt de l’activité, les mesures prises et les coordonnées utiles (responsable de sécurité, entreprise de gardiennage, entreprise de télésurveillance, astreinte téléphonique, etc.). Dans la mesure du possible, veillez à ce que les éclairages des abords – notamment ceux de détection – soient maintenus en fonctionnement, tout particulièrement durant la nuit.

Pour ne pas « tenter » d’éventuels intrus, il est préférable de ne pas communiquer sur Internet les conditions de fermeture de l’établissement (durée, mode de surveillance, etc.). Enfin, si les sociétés de surveillance et de télésurveillance vous recommandent d’afficher les mesures de sécurité prises afin de dissuader les actes malveillants, faites-le avec parcimonie. En effet, il sera plus facile pour un cambrioleur de pirater le système d’alarme s’il connaît l’entreprise qui en a la charge et, par conséquent, la technologie utilisée.

La préparation en vue du risque futur

En l’absence de mesures préventives, de nombreuses entreprises se sont retrouvées devant le fait accompli au moment de fermer leur site. Si vous êtes dans cette situation, il peut être judicieux de capitaliser sur cette crise afin de mettre en place des protocoles utiles en vue d’un éventuel risque futur.

À la reprise de l’activité, il convient tout d’abord de réaliser les essais et autres contrôles périodiques qui n’auraient pu être réalisés durant le confinement. Cela vaut pour le matériel de secours (extincteurs, RIA, etc.), les systèmes de détection et d’extinction (alarmes, caméras, sprinklers, etc.) et les équipements techniques (réseau électrique, groupes de froid, etc.). La prochaine étape sera idéalement la mise en place d’un PCA - ou plan de continuité d’activité - afin de limiter les conséquences d’un sinistre sur l’activité de l’entreprise.

(1) Source : Accidents d’origine électrique : des situations d’exposition variées – INRS - 2018
(2) Source : Chiffres départementaux mensuels relatifs aux crimes et délits enregistrés par les services de police et de gendarmerie depuis janvier 1996 - Data.gouv.fr - 2016