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Conseils pour votre quotidien d'entrepreneur

Page mise à jour le 31/03/2026

Risques psychosociaux (RPS) : comment les prévenir dans votre entreprise ?

Contrairement à une idée reçue, les risques psychosociaux (RPS) ne relèvent pas du bien être individuel : ce sont avant tout des risques professionnels liés à l’organisation du travail. Alors que près de 60 % des salariés déclarent y être exposés, la prévention devient un enjeu majeur au sein même des entreprises(1). Les anticiper permet à la fois de protéger vos équipes et de sécuriser le fonctionnement de votre activité. Nos conseils.

© Adobestock - Johannes

Au sommaire de cet article : 

Les risques psychosociaux : une notion souvent mal comprise

Des risques liés au travail, pas aux personnes

Les RPS apparaissent lorsque les conditions de travail deviennent difficiles à tenir : surcharge durable, priorités contradictoires, manque de clarté dans les missions, tensions récurrentes dans l’équipe, clients exigeants, moyens insuffisants…

Ils résultent d’un déséquilibre entre ce qu’on demande aux salariés et les ressources dont ils disposent pour y répondre. Les risques psychosociaux sont donc des risques professionnels, au même titre que les TMS, le risque chimique ou encore le risque de chute.

Les 6 familles de RPS reconnues par l’INRS

Pour aider les entreprises à les identifier, l’INRS distingue six grandes familles de situations ou facteurs de risques pouvant générer des RPS :

  • L’intensité et le temps de travail : charge élevée, délais serrés, imprévus fréquents ou pics d’activité difficiles à absorber ;
  • Les exigences émotionnelles : gestion de clients difficiles, situations tendues, pression relationnelle ou exposition à des incivilités ;
  • Le manque d’autonomie : faible marge de manœuvre, impossibilité d’organiser son travail ou de décider du rythme ;
  • Les rapports sociaux au travail : tensions, conflits, manque de soutien, coordination insuffisante ou communication défaillante ;
  • Le manque de reconnaissance ou de sens : efforts peu valorisés, manque de retour sur le travail, missions floues ou peu cohérentes ;
  • Les changements mal préparés : nouvelle organisation, nouveaux outils, reprise d’activité rapide ou modification des habitudes de travail sans accompagnement.

Les chiffres clés liés aux RPS

  • 59 % des salariés déclarent être exposés à au moins un risque psychosocial(1) ;
  • Une altération de la santé mentale entraîne une baisse de 39 % de la concentration, 55 % de l’énergie et 40 % de l’engagement(2) ;
  • 86 % des salariés bénéficiant d’un plan de prévention complet estiment que cela a permis une amélioration de leur santé mentale(2).

RPS : des conséquences directes sur le travail et la santé des collaborateurs 

Les impacts visibles sur le travail…

Quel que soit votre secteur d’activité, l’apparition de RPS peut avoir des impacts concrets sur le travail au quotidien, comme :

  • Des retards dans les chantiers, commandes ou livraisons ; 
  • Des erreurs plus fréquentes ; 
  • Des tensions ou malentendus dans l’équipe ; 
  • Une baisse de qualité ressentie par les clients ; 
  • Un désengagement progressif ; 
  • Des plannings qui deviennent difficiles à tenir.

Ces signaux doivent être pris au sérieux : repérés tôt, ils permettent d’agir rapidement et d’éviter que les difficultés ne s’installent durablement dans l’organisation et n’impactent la santé des collaborateurs.

… Et sur la santé des collaborateurs

Les RPS n’impactent pas seulement l’activité de l’entreprise, ils affectent également la santé des collaborateurs. Les premiers signes sont souvent discrets : fatigue inhabituelle, troubles du sommeil, irritabilité, difficulté à se concentrer ou baisse d’énergie.

Avec le temps, ces signaux peuvent s’accentuer et rendre le travail plus difficile à vivre au quotidien. D’où l’importance d’un repérage précoce et de mettre en place des mesures de prévention pour prévenir risques psychosociaux et limiter leurs conséquences.

Les 3 niveaux de prévention des RPS

L’OMS distingue 3 niveaux de prévention, chacun correspondant à une étape différente de l’apparition des risques.

  • La prévention primaire correspond aux actions menées sur l’organisation du travail afin de réduire les facteurs de risques avant qu’ils ne créent des tensions. Elle repose sur l’analyse des situations de travail et sur des ajustements collectifs concrets ;
  • La prévention secondaire concerne le repérage précoce des difficultés, avec des dispositifs permettant de détecter les premiers signaux et de soutenir les équipes pour éviter l’installation de troubles ;
  • La prévention tertiaire vise à limiter les conséquences des situations déjà dégradées, notamment par des mesures d’accompagnement, de régulation ou d’adaptation destinées à restaurer un fonctionnement plus stable.

Les obligations légales en matière de prévention des RPS

Les risques psychosociaux font partie des risques professionnels que l’employeur a l’obligation d’identifier, d’évaluer et de prévenir. Cette obligation s’appuie sur les articles L.4121 1 à L.4121 3 du Code du travail, qui imposent de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale des collaborateurs.

À ce titre, ils doivent figurer dans le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), accompagnés d’actions proportionnées à la taille et aux moyens de l’entreprise.

Cela peut inclure, par exemple, la mise à disposition de ressources pratiques (guides PDF, fiches réflexes), l’organisation d’un webinaire de sensibilisation, ou encore la diffusion d’outils d’aide au repérage afin de soutenir les managers et les équipes dans la prévention des RPS.

5 étapes pour intégrer les RPS dans votre DUERP

Le DUERP sert à formaliser les situations à risque repérées sur le terrain et à organiser les actions de prévention. Voici comment le compléter pour répondre à vos obligations.

  1. Relever les situations observées : tensions récurrentes, surcharge, incidents ;
  2. Décrire précisément chaque situation et ses conséquences ;
  3. Prioriser : ce qui revient souvent, ce qui bloque l’activité.
  4. Prévoir des actions réalistes : clarifier un rôle, ajuster une charge, revoir un processus, instaurer un point quotidien ;
  5. Mettre à jour régulièrement : au moins une fois par an ou après un changement important.

5 étapes pour conduire une démarche de prévention des risques psychosociaux

Mettre en place une démarche de prévention des risques psychosociaux ne signifie pas lancer un projet lourd ou complexe. L’essentiel est d’avancer étape par étape, en s’appuyant sur l’observation du travail réel. Voici les grandes étapes pour structurer une démarche de prévention efficace et adaptée à votre activité. 

1. Poser le cadre

Avant d’agir, il est utile de définir comment vous allez aborder le sujet : ce que vous souhaitez observer, comment recueillir les retours et avec qui échanger.
Un cadre simple suffit : un objectif clair, une ou deux personnes impliquées, et un moyen pratique pour remonter les difficultés, par exemple un point court hebdomadaire, un carnet de bord partagé, ou une boîte à idées (physique ou numérique) permettant aux équipes de signaler facilement les tensions ou irritants du quotidien.

2. Établir un diagnostic factuel

Le diagnostic est une étape clé : c’est lui qui conditionne la qualité du plan d’action. Il doit être réalisé au plus près du travail, en s’appuyant sur les constats du terrain.
Il combine généralement :

  • Des observations du travail réel ;
  • Des retours collectifs ou individuels ;
  • Des données existantes (absentéisme, incidents, retards répétitifs, turnover, erreurs, pics d’activité…).

Des outils pour structurer votre diagnostic

  • La grille d’analyse de l’INRS : elle passe en revue les facteurs qui influencent la charge et le quotidien (rythme, autonomie, relations, exigences clients, moyens disponibles, changements récents) ;
  • Les questionnaires Karasek, Siegrist, Anact : courts et anonymes, ils permettent de faire ressortir les tendances (charge mal répartie, manque de soutien, imprévus difficiles à gérer, manque de clarté…) ;

L’objectif n’est pas d’évaluer les personnes, mais de comprendre ce qui, dans l’organisation, crée des tensions. Les résultats doivent ensuite être partagés avec les collaborateurs pour valider les constats avant de passer à l’action.

3. Construire des pistes d’action réalistes

À partir du diagnostic, trois types de leviers peuvent être combinés :

  • Agir sur les contraintes : corriger un processus qui crée des irritants, répartir différemment la charge, revoir une organisation, ajuster les délais, clarifier les rôles… ;
  • Renforcer les ressources : améliorer la coopération entre services, développer des marges de manœuvre, faciliter l’accès à l’information, adapter les rythmes de travail… ;
  • Mieux réguler le travail au quotidien : instaurer des temps d’échange, aider à la priorisation, créer un espace pour remonter les difficultés des salariés.

Des actions de formation ou d’accompagnement peuvent également venir en appui lorsque certaines situations le demandent.

4. Mettre en œuvre le plan d’action

Un plan d’action ne doit pas rester théorique. Il doit préciser :

  • Les priorités ;
  • Les responsables ;
  • Le calendrier ;
  • Les moyens nécessaires ;
  • La manière de suivre l’avancement.

L’implication des salariés est essentielle : ce sont eux qui feront vivre les changements au quotidien. Une communication claire permet d’assurer l’adhésion et de donner de la visibilité à la démarche.

5. Évaluer et ajuster régulièrement

La prévention des RPS s’inscrit dans une logique d’amélioration continue. Une fois les premières actions réalisées, il est important d’évaluer leur efficacité, de repérer ce qui fonctionne, ce qui doit être ajusté, et d’actualiser la démarche.

Cela passe par un suivi régulier, la mise à jour du DUERP et des échanges réguliers avec les équipes pour ajuster la méthode dans le temps. L’enjeu est de faire vivre la démarche, même avec de petites actions régulières ou encore un nouvel outil, plutôt que chercher le “grand plan parfait”.

Risques Psychosociaux : 9 bonnes pratiques pour agir au quotidien

D’après les recommandations de l’INRS 

  1. Évaluer la charge de travail
    Identifier les moments où la pression devient difficile à tenir.
  2. Donner plus d’autonomie
    Laisser de la marge pour organiser son travail ou ses priorités.
  3. Soutenir ses collaborateurs
    Être disponible, aider à résoudre un blocage, écouter les besoins.
  4. Reconnaître le travail réalisé
    Valoriser les efforts, même sur de petits succès.
  5. Donner du sens aux tâches
    Expliquer pourquoi une action est importante pour l’activité ou les clients.
  6. Agir face aux incivilités
    Réagir rapidement aux incivilités ou agressions externes, qu’elles viennent d’un client, d’un fournisseur ou d’un interlocuteur extérieur.
  7. Communiquer lors des changements
    Informer en amont, expliquer, répondre aux questions.
  8. Faciliter l’équilibre vie pro / vie perso
    Anticiper les pics d’activité, éviter les urgences systématiques.
  9. Bannir toute forme de violence
    Ne tolérer ni agressivité, ni dénigrement, ni comportements à risque.

L’essentiel à retenir sur la prévention des risques psychosociaux (RPS)

  • Les RPS sont des risques professionnels, liés à l’organisation du travail (charge, autonomie, tensions, changements…), et non au “bien être personnel”.
  • Ils apparaissent lorsqu’il existe un déséquilibre entre les exigences du travail et les ressources disponibles pour y répondre.
  • Les repérer tôt permet d’éviter des impacts majeurs sur le travail (erreurs, retards, désorganisation, tensions…) et sur la santé des collaborateurs.
  • L’employeur a l’obligation légale de les évaluer, les prévenir et les intégrer au DUERP.
  • La prévention repose sur une démarche simple : observer le travail réel, diagnostiquer factuellement, ajuster l’organisation et suivre les actions dans le temps.

FAQ – Risques psychosociaux : les questions que se posent les dirigeants

  • 1. Que risque t-on en cas d’absence d’évaluation ?

    Ne pas évaluer les risques psychosociaux, ou ne pas les intégrer au DUERP, expose l’employeur à plusieurs risques :

    • Un manquement à l’obligation légale de sécurité, pouvant entraîner un contrôle de l’Inspection du travail ;
    • Des sanctions administratives, notamment une amende en cas d’absence ou de non mise à jour du DUERP ;
    • Une mise en cause de la responsabilité de l’employeur si un collaborateur subit un dommage lié à une situation non évaluée ;
    • Un risque de contentieux en cas d’accident, de maladie professionnelle ou de litige avec un salarié.
  • 2. Les RPS concernent-ils aussi les dirigeants eux-mêmes ?

    Oui. Les chefs d’entreprise, artisans et commerçants sont particulièrement exposés à la pression des délais, aux urgences clients, à la multivalence des tâches, ou encore à la gestion administrative. Bénéficier de temps de pause, prioriser, déléguer ou structurer son organisation contribue aussi à prévenir les RPS.

  • 3. À quel moment faut il solliciter le Service de Prévention et de Santé au Travail (SPST) ?

    Le SPST peut être sollicité bien avant l’apparition de difficultés marquées. Il apporte un regard extérieur sur l’organisation du travail, propose des outils simples de repérage et peut aider à structurer une démarche adaptée à la taille de l’entreprise.

    C’est particulièrement utile lorsqu’un dirigeant perçoit des signaux faibles, tels que des tensions ponctuelles dans l’équipe, des retards inhabituels, une fatigue persistante, une augmentation des erreurs, ou encore des changements d’attitude chez certains collaborateurs sans raison apparente, mais ne sait pas encore comment les interpréter.

Prévenir les risques psychosociaux, c’est d’abord améliorer la façon dont le travail s’organise au quotidien dans l’entreprise. En avançant étape par étape, et en s’appuyant sur l’observation de terrain, en réalisant une rapide analyse, vous pouvez améliorer rapidement votre fonctionnement et faciliter le travail de vos collaborateurs. L’important n’est pas de viser la perfection, mais de faire vivre une démarche simple, adaptée à la taille de la structure et ancrée dans la réalité du travail des salariés.

Sources : 
(1) BDO France – 2025 - Baromètre BDO–OpinionWay 2025 
(2) Qualisocial – janvier 2025 - Le baromètre Santé mentale et QVCT pour 2025

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